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Faut-il écrire « généré par IA » sous chaque contenu ? Cinq situations, cinq verdicts

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Une femme, stylo en main, relit un texte imprimé à côté de son ordinateur portable : le contrôle éditorial humain au cœur de l'article 50 de l'AI Act

Depuis le 2 août 2026, une même question revient dans les échanges entre entrepreneurs : « Il paraît qu'il faut maintenant signaler tout ce qu'on fait avec l'IA. Un post corrigé par ChatGPT, je dois l'étiqueter ? » Réponse courte : non. Cette inquiétude vient de deux confusions, et beaucoup de contenus qui circulent les entretiennent. Cet article les démonte l'une après l'autre, puis passe cinq situations concrètes au crible du règlement, sources à l'appui.

Les deux confusions qui fabriquent la peur

Première confusion : les rôles. L'article 50 de l'AI Act ne donne pas les mêmes obligations au fournisseur du système, comme Anthropic, OpenAI ou Google, et au déployeur, c'est-à-dire, dans la majorité des cas, l'entreprise qui utilise l'outil. La plupart des obligations techniques pèsent sur le fournisseur. On vous fait parfois peur avec des devoirs qui ne sont pas les vôtres.

Deuxième confusion : le marquage invisible et l'étiquette visible. Le marquage lisible par machine, intégré au contenu ou aux métadonnées d'un fichier, relève principalement du fournisseur. L'étiquette visible, destinée au public, ne concerne le déployeur que dans des cas précis. Deux mécanismes, deux responsabilités, un seul amalgame dans de nombreux commentaires.

Tableau comparant les obligations de l'article 50 de l'AI Act : à gauche le fournisseur d'intelligence artificielle, à droite l'entreprise qui utilise l'outil au quotidien
Deux rôles, deux paquets d'obligations : l'essentiel du marquage technique pèse sur le fournisseur ; l'étiquette visible ne concerne le déployeur que dans des cas précis.

La version courte, avant le détail. Chaque ligne est développée plus bas.

Situation Étiquette visible ? Qui doit agir ?
Chatbot sur votre siteLe visiteur doit savoir qu'il parle à une machine, sauf si c'est évidentLe fournisseur le prévoit à la conception ; vous vérifiez
Post corrigé ou restructuré avec l'IANon, s'il y a un véritable contrôle éditorial humainVous documentez qui valide quoi
DeepfakeOui, dès la première exposition du publicLe déployeur qui diffuse le contenu
Texte d'intérêt public publié sans contrôle humainOuiLe déployeur qui publie
Image publicitaire entièrement synthétiquePas automatiquementLe fournisseur assure le marquage technique ; le message reste le vôtre

Situation 1. Vous avez un chatbot sur votre site

Le visiteur doit savoir qu'il interagit avec une machine, sauf lorsque cela est évident dans le contexte. C'est au fournisseur de concevoir le système pour que cette information apparaisse dès le début de l'échange.

Votre travail à vous : vérifier qu'elle apparaît vraiment et résister à la tentation du faux conseiller avec un prénom et une photographie laissant croire qu'il s'agit d'une personne. Sur ce site, l'assistante s'appelle Cléo. Elle dit ce qu'elle est, et personne ne s'en porte plus mal.

Verdict : le chatbot se présente clairement comme une IA.

Situation 2. Vous publiez un post corrigé ou restructuré avec l'IA

Vous écrivez. L'outil corrige le français, resserre les phrases ou propose un meilleur ordre. Étiquette obligatoire ?

Non, pas pour cette seule raison.

L'article 50 ne vise pas indistinctement tous les textes marketing. L'obligation d'étiquetage visible concerne les textes publiés dans le but d'informer le public sur une question d'intérêt public, lorsqu'ils n'ont pas fait l'objet d'un véritable contrôle humain assorti d'une responsabilité éditoriale. Par ailleurs, l'édition standard fait partie des situations pouvant être exclues de l'obligation de marquage technique imposée au fournisseur.

Relire uniquement l'orthographe n'est pas nécessairement un contrôle éditorial substantiel. Vérifier les faits, trancher les arguments, modifier le fond et assumer la signature : ça, c'en est un.

Verdict : un texte réellement relu et assumé par une personne ne reçoit pas une étiquette visible simplement parce qu'une IA a participé à sa rédaction.

Situation 3. Vous diffusez un deepfake

Une personne réelle semble dire ce qu'elle n'a jamais dit. Un lieu, un objet ou un événement existant est représenté d'une manière réaliste, mais fausse.

Là, l'étiquette visible est obligatoire dès la première exposition du public au contenu. Une métadonnée cachée ne suffit pas : l'information doit pouvoir être comprise sans outil technique particulier. L'humour, la satire et la fiction ont droit à une présentation adaptée afin de ne pas détruire l'expérience de l'œuvre, pas à une disparition pure et simple de l'obligation de transparence.

Verdict : mention visible. Pour un marketeur, mieux vaut ne pas jouer à cache-cache avec ce principe.

Situation 4. Vous publiez de l'information d'intérêt public générée automatiquement

Un texte sur la santé, l'économie, la sécurité des consommateurs ou l'environnement est généré puis publié sans validation de fond : le caractère artificiel du contenu doit être indiqué.

Avec un véritable contrôle éditorial humain, l'obligation d'étiquetage disparaît. Le critère n'est pas « un humain a cliqué sur approuver ». Le critère est : une personne compétente a pu vérifier, accepter, modifier ou refuser le fond du texte, et elle en assume la responsabilité.

Verdict : l'étiquette répond à l'absence de contrôle éditorial, pas au simple usage de l'outil.

Situation 5. Vous utilisez une image générée dans votre publicité

Une image entièrement synthétique qui ne prétend pas représenter de manière authentique une personne, un objet, un lieu, une entité ou un événement existant n'est pas automatiquement un deepfake. L'article 50 ne vous impose donc pas, pour cette seule raison, d'ajouter un bandeau visible « généré par IA ». Le marquage technique du contenu ou du fichier relève du fournisseur.

Votre responsabilité reste entière sur autre chose. Si l'image simule de manière trompeuse une personne ou une situation existante, elle peut entrer dans la catégorie des deepfakes. Un faux témoignage ou une mise en scène trompeuse peut également violer les règles publicitaires, même lorsqu'il ne correspond pas juridiquement à la définition d'un deepfake.

Verdict : le marquage technique relève principalement du fournisseur. Le message et la promesse publicitaire restent les vôtres.

La date que tout le monde cite de travers

L'article 50 s'applique depuis le 2 août 2026.

Le délai supplémentaire jusqu'au 2 décembre 2026, introduit par l'AI Omnibus, ne couvre qu'une seule obligation : le marquage lisible par machine prévu par l'article 50(2), pour les systèmes déjà mis sur le marché avant le 2 août. Ce n'est pas un report général des obligations de transparence. C'est une période de transition limitée pour une obligation technique qui, lorsque vous êtes simple déployeur, ne pèse généralement pas directement sur vous.

Ce que le filigrane de Claude prouve vraiment

Le 14 août, Anthropic a expliqué le fonctionnement du filigrane destiné aux textes produits par Claude.

Cela ne signifie pas que tous les textes générés aujourd'hui par tous les modèles Claude sont déjà marqués. Les nouveaux modèles lancés dans l'Union européenne à partir du 2 août doivent prendre en charge le marquage dès leur lancement. Pour les modèles plus anciens, Anthropic indique que le déploiement est encore en cours.

Lorsque le dispositif est pris en charge, Claude introduit un motif imperceptible dans ses choix de mots. Ce motif accompagne le texte lors d'un copier-coller et peut subsister après certaines modifications légères. Pour les formats compatibles, les fichiers comme les images PNG, JPG ou SVG peuvent recevoir des métadonnées de provenance signées selon le standard C2PA.

Et voici ce que presque tout le monde rate.

Anthropic l'écrit noir sur blanc : la marque signifie seulement que le contenu a probablement été traité par Claude. Pas que Claude en est l'auteur.

Deux colonnes opposant ce que le filigrane des textes générés par intelligence artificielle indique et ce qu'il ne prouve pas
Ce qu'un filigrane établit et ce qu'il laisse ouvert. La provenance technique devient lisible ; la question de l'auteur, elle, reste entière.

Votre texte, vos idées, votre premier jet, puis une traduction ou une relecture par l'outil : le résultat peut être marqué. Un texte généré par un modèle plus ancien, trop court ou suffisamment réécrit peut, à l'inverse, ne plus porter de marque détectable. L'absence de filigrane ne prouve pas l'humain. Sa présence ne prouve pas la machine-auteur.

Alors, qui sort affaibli de cette histoire ? Pas l'anonymat des auteurs. Le réflexe : « je passe ton texte au détecteur d'IA et je saurai qui l'a écrit. » Le filigrane apporte une information plus solide sur l'intervention probable d'un fournisseur déterminé. Il ne fournit toujours pas de réponse binaire à la question de l'auteur.

La provenance technique devient plus lisible. La responsabilité éditoriale, elle, reste humaine : une signature, et la personne qui l'assume.

Par où commencer, concrètement

  1. Clarifiez votre rôle. Vous êtes déployeur dans l'immense majorité des usages ordinaires. Vous pouvez devenir fournisseur si vous développez ou faites développer un système que vous commercialisez ou mettez en service sous votre propre nom ; une modification substantielle peut également nécessiter une nouvelle analyse de votre statut.
  2. Faites dire à votre chatbot ce qu'il est, en toutes lettres.
  3. Documentez qui valide quoi : un nom et une responsabilité par type de contenu, pas un simple clic.
  4. Prévoyez un étiquetage visible pour les deepfakes et les textes d'intérêt public publiés sans contrôle éditorial humain. L'article 50 couvre également d'autres usages, notamment la reconnaissance des émotions et certaines formes de catégorisation biométrique.
  5. Conservez les informations de provenance produites par vos outils. Elles ne remplacent pas votre responsabilité, mais pourront faciliter la traçabilité de votre processus.

Cinq ressources gratuites à garder sous la main

Rien de sponsorisé, pas de carte bancaire pour l'usage décrit ici.

Vérifier, tracer, annoncer

  1. Le vérificateur officiel de conformité à l'AI Act, proposé par l'AI Act Service Desk de la Commission européenne, encore en version bêta : il aide à identifier les règles susceptibles de s'appliquer à votre système et à votre rôle. Un point de départ, pas un avis juridique.
  2. Content Credentials Verify, l'outil de la Content Authenticity Initiative. Vous déposez une image, il affiche les métadonnées de provenance C2PA si elles existent. Utile dans les deux sens : vérifier ce que vos propres exports racontent de vous, et examiner un visuel reçu d'un prestataire.
  3. Le journal éditorial, en trois colonnes : contenu, qui a validé le fond, date. Un tableur suffit. Trace opérationnelle de votre processus de validation : elle ne constitue pas à elle seule une preuve juridique, mais elle documente qui a validé quoi et quand.
  4. La documentation Anthropic sur le marquage et l'explication du filigrane : à lire une fois en entier plutôt que dix résumés de résumés.
  5. Une phrase de politique éditoriale sur votre site, en clair, du type : « Nos contenus sont conçus, vérifiés et signés par des personnes identifiées. Des outils d'IA peuvent intervenir à différentes étapes : préparation, rédaction, relecture ou traduction ; la validation éditoriale reste humaine. » Rarement une obligation légale. Toujours un argument commercial, et la conversation gênante en moins quand un client pose la question.

La transparence demandée par ce règlement n'est pas un aveu à coller sous chaque création. C'est la capacité à répondre à trois questions simples : qui a vérifié ? Qui a décidé ? Qui signe ? Dans votre entreprise, ces questions ont-elles déjà une réponse, ou tout repose-t-il encore sur le bouton « publier » ?

Questions fréquentes

Faut-il étiqueter un post corrigé ou traduit par ChatGPT ?

Non, pas pour cette seule raison. L'obligation d'étiquetage visible de l'article 50 vise les textes d'information d'intérêt public publiés sans véritable contrôle éditorial humain, et les deepfakes. Un texte que vous avez pensé, vérifié et signé ne devient pas étiquetable parce qu'un outil a corrigé le français ou resserré les phrases.

Qui est concerné par l'article 50 : l'éditeur de l'IA ou l'entreprise qui l'utilise ?

Les deux, mais pas pour les mêmes choses. Le fournisseur (Anthropic, OpenAI, Google…) porte l'essentiel des obligations techniques : marquage lisible par machine, chatbot conçu pour se présenter comme une machine. Le déployeur, c'est-à-dire l'entreprise utilisatrice, n'est tenu à une étiquette visible que dans des cas précis, comme les deepfakes.

Une image générée par IA dans une publicité doit-elle porter un bandeau « généré par IA » ?

Pas automatiquement. Une image entièrement synthétique qui ne prétend pas représenter de manière authentique une personne, un lieu ou un événement existant n'est pas un deepfake au sens du règlement. Le marquage technique du fichier relève du fournisseur. En revanche, une mise en scène trompeuse peut violer les règles publicitaires classiques, indépendamment de l'AI Act.

Que change le report au 2 décembre 2026 ?

Beaucoup moins que ce qui circule. Ce délai, introduit par l'AI Omnibus, ne couvre que le marquage lisible par machine de l'article 50(2), pour les systèmes déjà sur le marché avant le 2 août 2026. Les autres obligations de transparence s'appliquent depuis le 2 août. Ce n'est pas un report général.

Le filigrane de Claude permet-il de prouver qu'un texte a été écrit par une IA ?

Non. Anthropic l'écrit explicitement : la marque signifie que le contenu a probablement été traité par Claude, pas que Claude en est l'auteur. Un texte humain relu par l'outil peut être marqué ; un texte généré puis réécrit peut ne plus l'être. L'absence de filigrane ne prouve pas l'humain, sa présence ne prouve pas la machine-auteur.

D'autres questions ? Beaucoup de réponses sont déjà rassemblées sur notre page FAQ.

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Cet article propose une lecture opérationnelle des règles de transparence de l'AI Act et ne constitue pas un conseil juridique. Informations à jour au 20 août 2026 ; le texte des lignes directrices et le calendrier de l'AI Omnibus peuvent évoluer. Sources principales : Règlement (UE) 2024/1689, notamment l'article 50 · lignes directrices de la Commission européenne sur les obligations de transparence, publiées le 20 juillet 2026 et mises à jour le 6 août 2026 · code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés par l'IA, version finale du 10 juin 2026 · FAQ de la Commission sur l'article 50 · Anthropic, « How Claude marks AI-generated content » et « How Claude's text watermark works », 14 août 2026. Photo de couverture : Mikhail Nilov, Pexels.

Portrait de Maryna Skachek, fondatrice de MariCleo Studio

Écrit parMaryna Skachek est docteure en biologie, cheffe de projet e-commerce et fondatrice de MariCleo Studio. Elle écrit sur la stratégie digitale, le contenu et les usages professionnels de l'IA.

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