Cahier des charges d'un site internet : le brief d'une page pour démarrer
Le mot fait peur. « Cahier des charges » évoque un document de trente pages, des tableaux, du vocabulaire technique, et beaucoup d'entrepreneurs repoussent leur projet de site des mois entiers parce qu'ils pensent devoir produire ce monstre avant d'oser écrire à qui que ce soit. Bonne nouvelle : pour prendre contact, vérifier la faisabilité et obtenir une première estimation, une page bien préparée suffit. Les professionnels l'appellent un brief de projet ; le cahier des charges détaillé viendra ensuite, pour chiffrer et piloter. Voici les sept blocs de cette page, un modèle à copier, ce qu'il ne faut surtout pas y mettre, et à quoi vous reconnaîtrez un bon prestataire à sa réponse.
Pourquoi une page, et ce qu'elle peut ou non
Un devis se construit sur un périmètre. Sans information de votre part, le prestataire devine, et un devis deviné est faux dans un sens ou dans l'autre : trop large « pour couvrir », ou trop étroit pour gagner l'affaire, avec des suppléments ensuite. Une page bien préparée transforme la conversation : vous voyez comment chaque prestataire comprend votre besoin, quelles hypothèses il retient, ce qu'il inclut et ce qu'il laisse dehors. Elle ne garantit pas à elle seule des devis définitifs directement comparables, mais elle rend les différences lisibles, et c'est déjà le meilleur rendement d'une heure de travail dans tout votre projet. Les fourchettes que vous mettrez en face sont dans notre article Combien coûte un site internet.
Une limite honnête : cette page est un brief, pas le cahier des charges complet. France Num, le service public du numérique des entreprises, situe un vrai cahier des charges autour de cinq à dix pages même pour une TPE, avec les intégrations, le calendrier et les contraintes techniques. Ce document-là s'écrit généralement avec le prestataire retenu, une fois le cadrage validé, pas avant le premier contact. Un projet e-commerce, une réservation en ligne ou des outils métier à connecter y passeront obligatoirement.
Les sept blocs de la page
Chaque bloc tient en deux à quatre phrases. Écrivez comme vous parlez, personne ne note le style.
- Qui vous êtes, et qui est votre client. Votre activité, votre zone, et surtout la personne qui doit vous trouver : le propriétaire de gîte, la famille qui rénove, le particulier qui cherche un praticien. Une phrase sur chacun.
- La mission du site, en une phrase. Pas « présenter mon activité » : qu'est-ce qui doit se passer grâce au site ? Recevoir des demandes de devis, remplir le calendrier de réservations, rassurer avant un premier rendez-vous. Si vous n'arrivez pas à choisir, notez les deux : trancher fera un très bon premier échange.
- Ce que le visiteur doit pouvoir faire. Les actions concrètes : appeler, envoyer une demande, réserver, télécharger, acheter. Trois maximum, par ordre d'importance.
- Les pages que vous imaginez. Une simple liste : accueil, services, réalisations, contact... Elle sera retravaillée ensemble, mais elle donne l'échelle du projet.
- Ce que vous avez déjà. Textes, photos, logo, avis clients, un site existant et son adresse, un domaine déjà acheté. Et, aussi important, ce qui manque : c'est souvent le poste caché du budget, comme nous l'expliquons dans l'article sur les prix.
- Deux ou trois exemples, aimés ou détestés. Des adresses de sites avec un mot sur ce qui vous plaît ou vous rebute. « Je déteste » renseigne autant que « j'adore ».
- Votre fourchette de budget et votre échéance. Le bloc que tout le monde saute, par peur de « donner le chiffre en premier ». C'est un mauvais calcul : sans fourchette, vous recevrez des propositions inutilement éloignées de vos moyens, dans les deux sens. Une fourchette n'est pas un engagement, c'est un filtre qui vous fait gagner des semaines.
Le modèle, à copier et à compléter
Le voici prêt à l'emploi. Copiez-le dans un email ou un document, remplacez les pointillés, supprimez ce qui ne s'applique pas.
Brief de projet, une page
1. Notre activité et nos clients. Nous sommes... Notre zone est... Nos principaux clients sont...
2. Le résultat attendu. Grâce au site, nous voulons principalement...
3. Les actions du visiteur. Le visiteur doit pouvoir : 1... 2... 3...
4. Les pages et les contraintes connues. Pages imaginées... Langues... Réservation ou paiement... Outils déjà en place à connecter...
5. Ce que nous avons déjà. Textes... Photos... Logo... Avis clients... Domaine... Site actuel (adresse)... Il nous manque...
6. Nos références. Nous aimons [adresse] parce que... Nous n'aimons pas [adresse] parce que...
7. Budget et calendrier. Notre fourchette est de... à... €. Nous souhaitons une mise en ligne vers... parce que...
Vous apportez le contexte de votre métier. Le prestataire apporte la solution. Un bon brief ne fait pas son travail à sa place.
Ce qu'il ne faut pas y écrire
L'erreur la plus fréquente n'est pas d'en dire trop peu, c'est de répondre à des questions qui ne vous appartiennent pas. N'imposez pas une technologie ou un CMS par habitude, ou parce qu'un proche vous l'a conseillé : si vous avez une contrainte réelle, un outil métier à connecter, une équipe déjà formée, indiquez-la ; sinon, décrivez le besoin et laissez le prestataire justifier sa recommandation. Vous pouvez joindre un croquis ou une liste de pages pour expliquer votre idée, sans figer la future structure : elle sera retravaillée en fonction du parcours du visiteur. Et n'écrivez pas « je veux être premier sur Google » : indiquez les services, les clients et les zones sur lesquels vous voulez être visible, et laissez le prestataire vérifier comment vos clients cherchent réellement. La règle tient en une ligne : décrivez le problème et le résultat attendu, pas la solution.
À quoi reconnaître un bon prestataire à sa réponse
Votre page envoyée, observez la réaction : elle vous renseigne plus qu'un portfolio. Un bon prestataire vous pose des questions en retour, parce qu'une page soulève toujours des points à clarifier ; celui qui chiffre sans rien demander chiffre au hasard. Il reformule votre besoin avec ses mots, et vous vous reconnaissez dedans. Il ose contredire un point de votre document quand votre intérêt le demande, par exemple une page dont vous n'avez pas besoin. Et sa proposition répond à votre page : le périmètre, les livrables, ce qui est inclus et exclu, les délais, les coûts récurrents et les conditions de sortie, au lieu d'un forfait générique qui aurait pu être envoyé à n'importe qui. Les autres critères de choix, et les questions à poser à ce moment-là, sont dans notre guide Choisir une agence web dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Questions fréquentes
Faut-il un cahier des charges pour un simple site vitrine ?
Oui, mais une page suffit : qui vous êtes, qui est votre client, ce que le site doit produire, les actions du visiteur, les pages imaginées, les matériaux disponibles, des exemples commentés, et votre fourchette de budget avec l'échéance. Ce n'est pas une formalité : c'est ce qui rend les devis comparables entre eux.
Dois-je indiquer mon budget dans le cahier des charges ?
Oui, en fourchette. Sans elle, vous recevrez des propositions inutilement éloignées de vos moyens, trop hautes ou trop basses, et vous perdrez des semaines en allers-retours. Une fourchette n'est pas un engagement : elle dit dans quel ordre de projet vous vous situez, et elle filtre d'emblée les offres hors sujet.
Faut-il préciser la technologie ou le CMS souhaité ?
Non, sauf contrainte réelle de votre côté, par exemple un outil métier déjà en place. Le choix technique est une conséquence de vos besoins, pas un préalable : c'est précisément l'expertise que vous achetez. Décrivez le problème et le résultat attendu ; laissez le prestataire proposer et justifier la solution.
Une page suffit-elle vraiment pour obtenir un devis ?
Pour un premier échange et un devis de cadrage, oui. Pour un projet e-commerce, une réservation en ligne ou des intégrations avec vos outils, un document plus détaillé sera nécessaire, mais il s'écrit généralement avec le prestataire retenu, une fois le cadrage validé, pas avant le premier contact.
Comment un bon prestataire réagit-il à un cahier des charges ?
Il pose des questions en retour, reformule votre besoin avec ses mots, ose contredire un point quand votre intérêt le demande, et répond poste par poste plutôt que par un forfait générique. Un prestataire qui chiffre sans rien demander chiffre au hasard, et le devis le montrera tôt ou tard.
D'autres questions ? Beaucoup de réponses sont déjà rassemblées sur notre page FAQ.
Votre page est prête, ou presque ?
Envoyez-la-nous telle quelle, même imparfaite : nous vérifions que le projet entre dans notre périmètre, nous vous signalons les questions manquantes et nous donnons une première fourchette honnête. Quand un cadrage plus profond est utile, c'est le rôle du diagnostic digital, à partir de 250 € déduits du projet : il transforme le brief en périmètre priorisé, avec un document qui vous reste.
